Programme 2. Le projet luxembourgeois dans le contexte des développements internationaux

Développements Internationaux

Le projet luxembourgeois « Männer an der ausserschoulescher Kannerbetreiung » s’inscrit dans une série de stratégies, projets et mesures (politiques) de petite et grande envergure visant à accroître la part de personnel masculin dans le domaine de l’accueil extrascolaire de la petite enfance dans d’autres pays d’Europe.

Plusieurs plans d’action sur l’égalité dans les structures d’accueil extrascolaire de la petite enfance cherchant notamment à faire passer la part d’hommes dans le domaine à 20 % ont par exemple été mis au point en Norvège depuis 1996. Le Danemark promeut également régulièrement des initiatives et campagnes publiques sur l’augmentation de la part d’hommes dans les domaines de l’éducation et des soins depuis le début des années 1990. C’est cependant en Allemagne qu’a été mené le programme le plus vaste jusqu’ici, couvrant l’établissement d’un centre de coordination « Männer in Kitas », un programme modèle pluriannuel et plusieurs études scientifiques.

Les institutions internationales aussi se sont penchées sur la question du personnel masculin dans l’accueil extrascolaire de la petite enfance ces dernières années. C’est ainsi que, dans son rapport « Starting Strong II » publié en 2006, l’Organisation de coopération et de développement économiques a appelé à la mise en œuvre de stratégies de recrutement et de maintien d’un personnel mixte qualifié (voir OECD 2006). Cette revendication a par ailleurs été réitérée par la Commission européenne en 2011 : dans son plan d’action sur l’éducation et l’accueil des jeunes enfants, elle constate que, face à la représentation déséquilibrée des sexes dans le domaine, il est urgent de rendre les perspectives de carrière dans le secteur de l’éducation et de l’accueil des jeunes enfants plus attrayantes pour les hommes, et ce dans tous les pays de l’UE (voir Commission européenne 2011).

Arguments

Pourquoi des programmes pour accroître la part de personnel masculin dans les structures de l’éducation non formelle ?

  • Certains pays de l’UE, comme le Luxembourg et l’Allemagne, ont remanié leur politique d’égalité ces dernières années. Au-delà de leur politique traditionnelle en la matière, principalement axée sur les femmes, ils œuvrent aussi de plus en plus à s’adresser aux hommes. Ces pays entendent ainsi notamment faire évoluer les stéréotypes dépassés et de plus en plus dysfonctionnels sur les hommes et attirer davantage d’hommes et garçons dans des domaines d’activité jusqu’ici connotés « féminins ».
  • Les programmes visant à accroître la part d’hommes dans l’accueil extrascolaire de la petite enfance sont parfois étroitement liés à un manque de personnel dans ce secteur. L’Allemagne, par exemple, recherche non seulement des hommes mais aussi d’autres catégories sous-représentées dans les structures d’accueil de la petite enfance, comme des personnes en reconversion professionnelle.
  • Depuis une vingtaine d’années, un nombre croissant d’études se consacrent au sujet des hommes dans l’accueil extrascolaire de la petite enfance. Si, avant 2010, la question faisait surtout l’objet d’études qualitatives de petite envergure publiées dans quelques pays comme l’Australie, l’Allemagne, l’Angleterre, la Nouvelle-Zélande ou la Norvège, de plus en plus de scientifiques se sont penchés sur le sujet ces dernières années dans le cadre d’études plus ambitieuses, en particulier dans l’espace germanophone. Certains résultats confirment la volonté d’une part accrue d’hommes dans l’éducation de la petite enfance. Ces projets de recherche ont par exemple donné les résultats suivants :
    • Les hommes sont largement souhaités dans les structures d’accueil extrascolaire de la petite enfance. L’étude « Männliche Fachkräfte in Kindertagesstätten » (« Les pédagogues masculins dans les structures d’accueil de la petite enfance ») montre par exemple qu’en Allemagne, gestionnaires/responsables, direction et parents souhaitent tous vivement une hausse du personnel pédagogique masculin (voir Cremers/Krabel/Calmbach 2010). Le degré d’acceptation des éducateurs masculins est également élevé en Autriche (voir Aigner/Rohrmann 2012). Il semble en aller de même au Luxembourg, à en croire en tout cas les résultats de l’enquête menée auprès des structures de l’éducation non formelle (voir page 11).
    • Les membres du personnel pédagogique et les parents interrogés dans le cadre de ces études avancent divers arguments en faveur d’une hausse du nombre d’éducateurs masculins :
      • Les éducateurs sont d’importants modèles pour les enfants, garçons et filles.
      • La collaboration de pédagogues féminins et masculins pourrait inculquer aux enfants un rapport respectueux entre les sexes.
      • Les membres du personnel féminins et masculins peuvent apprendre les uns des autres dans leur travail pédagogique.
      • Les éducateurs masculins constituent un atout dans le travail avec les parents, notamment parce qu’ils peuvent se présenter comme interlocuteurs pour les pères.
      • Une hausse du personnel masculin pourrait par ailleurs contribuer à accroître la reconnaissance du métier d’éducateur/trice au sein de la société.
    • L’étude Tandem allemande et l’étude W-INN autrichienne, notamment, montrent que les pédagogues masculins contribuent à accroître la diversité dans les structures d’accueil extrascolaire et enrichissent le quotidien éducatif avec les enfants (voir Aigner et al. 2013 et Brandes et al. 2016). L’étude Tandem montre par exemple concrètement qu’il n’existe pratiquement aucune différence du point de vue professionnel entre hommes et femmes et que les principes de la théorie de l’attachement découlant de la recherche sur les parents (selon lesquels les femmes seraient plus empathiques et centrées sur l’attachement, tandis que les pères seraient davantage dans le défi et l’exploration), par exemple, ne sont pas transférables aux pédagogues (voir Brandes et al. 2016). L’étude Tandem révèle en revanche des différences significatives au niveau des activités que les pédagogues masculins et féminins, respectivement, aiment réaliser avec les enfants et des intérêts et inclinations des enfants auxquels ils et elles préfèrent se consacrer.